Un adolescent se donne la mort dans un établissement pour mineurs à Nantes

Le monde : article paru dans l'édition du 25.02.10

Un adolescent de 16 ans s'est donné la mort mardi 23 février, par pendaison avec ses draps dans la douche de sa cellule, au sein de l'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) d'Orvault, dans la banlieue de Nantes (Loire-Atlantique). Le corps du jeune homme, originaire d'Angers, a été découvert peu après 7 heures, à l'ouverture des cellules. Mis en examen pour viol, il avait été écroué le 23 janvier. Il s'agissait de sa première incarcération.

La fragilité psychologique du détenu était connue. Il avait déjà fait deux tentatives de suicide et effectué plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Me Lauren Berrué, l'avocate qui l'assistait, évoque un "être qui semblait perdu, et qui avait été confié à l'aide sociale à l'enfance dès l'âge de deux ou trois ans. Déscolarisé, il n'avait pas de formation, et était en rupture complète avec le réel."

L'adolescent ne reconnaissait pas les faits qui lui étaient reprochés, "affirmant ne se souvenir de rien, du fait de son ébriété". "Son placement en foyer se passait mal, le chef de mise en examen était très grave, il n'y avait guère d'alternative à l'EPM", complète son avocate.

Dans sa cellule, l'adolescent ne disposait pas d'un « kit antisuicide », comprenant notamment un pyjama ignifugé et des draps indéchirables. « Il faisait l'objet d'un régime de surveillance spéciale, précise Yann Hervé, surveillant pénitentiaire du syndicat UFAP-UNSA. Quatorze rondes ont été effectuées la nuit du drame alors que le régime classique n'en prévoit que sept. »

Le mineur avait simulé la présence d'un corps dans son lit à l'aide d'une couverture. Située dans un angle mort pour préserver l'intimité du détenu, la douche est invisible depuis l'oeilleton. « A priori, le drame ne saurait être imputé à une négligence du personnelle », énonce un responsable d'enquête.

La question des effectifs ne fait pas polémique, ni celle de la surpopulation carcérale. « On compte 51 agents pénitentiaires et une quarantaine d'éducateurs, note Sébastien Legoupil, délégué FO. Actuellement, il y a 28 détenus au sein de l'EPM pour 60 places. On a essuyé les plâtres à l'ouverture de l'établissement en 2008, mais désormais, les binômes éducateurs-surveillants fonctionnent très bien. » Plusieurs audits du centre ont souligné « le caractère exemplaire de la prise en charge des mineurs », appuie Xavier Ronsin, procureur de la République de Nantes.

Ce drame met en lumière la détresse et l'isolement des mineurs arrivant au sein des EPM. "La plupart de ces jeunes sont en rupture familiale", rappelle M. Legoupil. En un mois, l'adolescent angevin n'a reçu aucune visite de ses proches. C'est le deuxième suicide qui survient dans un EPM depuis l'ouverture, controversée, de sept de ces structures spécialisées en France depuis juin 2007.

Un autre détenu, âgé de 24 ans et incarcéré à la maison d'arrêt de Rennes, s'est également pendu mardi 23. En 2009, 122 suicides ont été constatés par l'administration pénitentiaire, contre 115 en 2008.

Yan Gauchard

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Dernière mise à jour de cette page le 26/02/2010